Solstress d’été

Le logo de Vue sur Vert change parfois aux solstices et aux équinoxes selon une demande que j’avais faite à Manu Perrin-Houdon*, graphiste au sein du collectif des Poulets Bicyclettes, et concepteur du logo, et qui en a donc réalisé 4 versions différentes, selon les 4 saisons.

Mais cette année, au moment de passer du printemps à l’été et de modifier le logo dans ma signature mail et sur mon site, je m’aperçois que je le fais cette fois-ci avec une sorte de stress et de sentiment de décalage entre cette mini-action numérique et le réel.  

C’est que l’été est désormais la saison symbole du burn out climatique, celle qui pointe le plus chaudement le dérèglement du climat.

Et je l’aborde en me demandant ce qu’il nous réserve.

Jusqu’où monteront les thermomètres ? Est-ce que des incendies géants viendront ravager les massifs forestiers du sud de la France et d’ailleurs ? Assistera-t-on à des chutes d’oiseaux déshydratés en plein vol comme au mois de mai en Inde ou au Pakistan ? Et surtout le plus important : ma glace risque-t-elle de fondre intégralement entre le moment où le glacier me la tendra de sa camionnette rose et le moment où je la porterai à ma bouche ? 

Kristy Dahl, scientifique américaine spécialiste du climat, propose tout simplement de remplacer « été » par « saison des dangers », tant celle-ci est de plus en plus synonyme de périls divers et variés. Voir : www.wired.com/story/some-scientists-have-a-new-name-for-summer-danger-season/

Il va donc peut-être falloir que je demande à Manu une version cramoisie du logo, avec quelques pauvres herbes séchées, deux-trois oiseaux tombés du ciel et un gros soleil de plomb. Quant à Vue sur Vert, autant préparer une dénomination plus adaptée, du type Vue sur Désert.

Un trait grossi par excès de pessimisme ? Réalistement ça sent le roussi au sens propre et figuré. Il s’agit de regarder cette réalité en face tout en continuant à agir, à toute échelle, et en continuant à s’accorder des plaisirs terrestres, si possible éco-responsables, et s’accorder ainsi le droit d’oublier un temps les tourments planétaires.  

Tourments planétaires ou tourments humains ? A long terme, l’écosystème planétaire se remettra sûrement de notre tendance à la prédation des ressources naturelles et de tout ce qui peut se transformer en cash. Il recréera la biodiversité qui a mis des millions d’années à se développer et que, en ne considérant par exemple que les vertébrés, nous avons exterminé aux deux-tiers en 50 ans.

Mais nous, les joyeux exterminateurs, serons-nous capables d’y rester encore dans des conditions de vie correctes à la fois pour nous et pour le reste du règne vivant, et de nous accorder cette durabilité que nous avons appelée de nos vœux avant de la transformer en terme publicitaire ? Il nous faut pour cela déprogrammer urgemment notre logiciel capitaliste et sa croissance à tout prix et le remplacer par le paradigme d’une civilisation réellement écologique. Vœu pieux exprimé déjà des milliers de fois par des milliers de voix sur de vaines tribunes ou sur les réseaux sociaux du fond de nos vieux pieux.

Mais chiche on y arrive ! Chiche on inverse les courbes ascendantes de la température et descente de la biodiversité ! Chiche on rend autant qu’on prend !

Le simple fait de l’écrire m’aide au moins à atténuer mon stress du solstice, mon solstress d’été.

Et puis tiens, ce matin, tandis que je conclus ce billet d’humeur, il pleut sur Marseille.

Une trêve de fraîcheur !

Trêve de plaisanterie, non vraiment, y a plus de saison !

Floris VAN LIDTH

* Je dédicace mon texte à Manu qui part de Marseille avec sa famille après un paquet d’années ici à construire sa vie dans cette ville si attachiante et à œuvrer avec son coup de crayon et de souris pour sublimer la communication de nombreuses associations, collectivités et petites entreprises. Il part vers des contrées plus fraîches et plus vertes. Bon vent frais Manu ! 

Après l’envoi de cet article sur les réseaux sociaux, Manu a produit en réponse ce gif très à propos :

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